Jeudi 19 mai 2011
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Pourquoi nos problèmes nous posent problème...
N’avez-vous jamais pensé que vous étiez plus intelligent et clairvoyant pour aider les autres que pour résoudre vos propres problèmes ?
Eh bien, figurez-vous, ce n’est pas qu’une impression !
Une récente étude de deux chercheurs de l’université de New York, Evan Polman et Kyle Emich, en montre les raisons. Elle démontre que lorsque nous réfléchissons aux problèmes des autres, nous
trouvons des solutions plus vite - et ces solutions sont plus créatives, que lorsque nous devons résoudre les mêmes problèmes pour nous-mêmes.
Polman et Emich sont arrivés à cette conclusion suite à une série de trois expériences.
Expérience 1 : les participants devaient dessiner un extraterrestre, héros d’une histoire qu’ils allaient devoir écrire, ou d’une histoire que quelqu’un d’autre devait écrire.
Les personnages imaginés par les participants qui se trouvaient dans la deuxième situation s'avéraient beaucoup plus créatifs.
Expérience 2 : les participants devaient trouver des idées de cadeaux pour eux-mêmes, pour un de leurs amis, ou pour quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas. Conclusion : plus le
destinataire du cadeau est éloigné en termes de relations, plus le cadeau est original.
Expérience 3 : les participants devaient résoudre le problème suivant.
Un prisonnier cherche à s’évader d’une tour. Dans sa cellule, il trouve une corde dont la longueur correspond à la moitié de la distance entre la fenêtre de sa cellule et le pied de la tour.
Pour pouvoir s’évader en toute sécurité, il a donc divisé la corde en deux parties qu’il a attachées l’une à l’autre. Comment a-t-il fait ?
Les sujets de l’expérience trouvaient la réponse beaucoup plus facilement selon qu’on leur présentait le prisonnier comme étant eux-mêmes, un de leurs amis, ou un inconnu.
Polman et Emich analysent ainsi le résultat de leurs expériences. Plus nous sommes éloignés du problème (ou de la personne à qui appartient le problème), plus nous sommes capables de raisonner de
manière abstraite. Et la pensée abstraite nous apporte des solutions plus créatives (ou en tout cas, plus affranchies des blocages liés au contexte).
Quelles implications pour le management ?
Comment éviter à ses collaborateurs de s’engluer dans un problème ? Voici quelques pistes pour appliquer les résultats de l’étude de Polman et
Emich.
1. Limiter la pression de l’enjeu et des délais, ces deux facteurs tendant à limiter la possibilité de prendre du recul face aux problèmes. Accorder du temps (et prévoir à
l’avance !) autorise les collaborateurs à laisser de côté un problème quelques jours et d’y revenir à tête reposée.
2. Prévoir des périodes d’échange au sein des équipes, si possibles informelles, pendant lesquels les collaborateurs pourront débattre librement (donc sans pression) des
difficultés rencontrées et des solutions possibles. Il est important que ces réunions soient rituelles (prévues à dates fixes, et non en réaction à un problème donné). En effet, au travail, nous
sommes trop souvent dans une logique réactionnelle, contraints de trouver une solution rapide (voire immédiate !) à un problème précis. La logique des réunions rituelles permet au contraire de
créer des « bulles de temps » où la réflexion est plus ouverte.
3. Tester avec son équipe des outils de créativité comme le brainstorming ou la méthode des 6 chapeaux. Ces méthodes aident à sortir du cadre, à raisonner de manière plus
conceptuelle, et à voir sous un angle nouveau les contraintes du quotidien. Elles peuvent également égayer vos réunions en apportant une dimension ludique et décalée !
4. Développer le plaisir du jeu en favorisant les échanges stimulants et spontanés, en soulignant les bonnes performances par des feedbacks positifs, en fêtant les succès
avec son équipe. N'hésitez pas à vous inspirer de la Fish Philosophy.Tout ce qui est
susceptible d’apporter de la bonne humeur et un état d’esprit positif favorise la prise de distance par rapport aux difficultés, et donc, rend plus efficace la résolution de problèmes.
5. Accompagner ses collaborateurs dans la posture d’un manager-coach. Plus généralement, développer le tutorat dans l’entreprise, ou constituer des binômes
entre personnes de niveau hiérarchique comparable, mais qui travaillent sur des métiers différents. L’apport d’un regard extérieur peut faire la différence pour sortir d’un problème « insoluble
».
6. Et enfin, plus décalé : échanger ses problèmes avec une autre équipe. Puisque nous sommes plus intelligents pour résoudre les problèmes des autres, pourquoi ne pas
travailler sur ceux d’un autre service pendant que ceux-ci tentent d’apporter un nouveau regard sur les nôtres ?
Cette dernière idée nous a été inspirée par Dan Pink, auteur de La vérité sur ce qui nous motive, à
qui nous avons emprunté toute la première partie de cet article concernant l’étude de Polman et Emich.
Et au fait, vous avez trouvé comment le prisonnier s'est évadé de la tour ? Si vous séchez, revenez sur notre blog, la solution sera publiée la semaine prochaine !