Le management et la démarche artistique sont-ils si différents ?

Comme chaque année à pareille époque, la Maison Ruinart dévoile début mars un ensemble d’œuvres témoignant de la culture de ses vins et champagnes. Liu Bolin, appelé « l’homme invisible », a été choisi pour mettre en lumière le travail minutieux des salariés de l’entreprise. Il se trouve que l’homme n’est pas seulement un artiste, mais aussi un manager. Car, dans les coulisses de ses œuvres, toute une équipe est aux pinceaux pour peindre ses vêtements et le faire disparaître dans le paysage. Ce processus créatif renvoie à une question : le management et la démarche artistique sont-ils si différents ?

 

Une croyance persistante opposerait art et management : le premier se fonde sur les émotions et la créativité, le second sur la raison et la science. Et pourtant, leurs caractéristiques tendent à se mélanger : le manager doit être flexible, autonome, créatif et empathique, quant à l’artiste, il doit gérer son temps, convaincre, organiser ses expositions, … Les deux vivent au quotidien les mêmes joies et les mêmes peines, seul le vocabulaire diffère : l’artiste/le manager invente une œuvre/un produit. Leurs points communs sont nombreux : gérer l’incertitude, prendre des risques sans visibilité sur le résultat, être créatif, …

 

La créativité ?

On en entend beaucoup parler dans les entreprises : « il faut être innovant », « il faut sortir de la boîte » dit-on. En quoi l’artiste peut-il inspirer le manager ?

La compétence clé de l’artiste repose sur trois éléments : imagination, savoir et évaluation. L’imagination (ou vision) permet de représenter l’environnement qui nous entoure et élaborer des images et conceptions nouvelles. Grâce au savoir, nous pouvons connecter les idées entre elles et proposer des œuvres (ou produits) innovantes et décalées. L’évaluation, c’est la capacité à challenger les idées : de la possibilité de mise en œuvre du projet découlera l’œuvre d’art (ou produit). En effet, une idée irréalisable est inutilisable. Pour le manager comme pour l’artiste, un environnement propice à la critique est nécessaire pour faire grandir l’idée jusqu’à sa réalisation finale. Dans l’entreprise, les managers ont à leur portée des collègues, une hiérarchie, des collaborateurs qui peuvent jouer ce rôle. L’exemple de Steve Jobs est éclairant concernant la passerelle entre art et management, pour créer des produits réunissant vision, technicité, design… Bref, une démarche d’innovation technologique, business et esthétique.

 

L’inspiration ?

Alors comment s’inspirer de l’artiste pour développer sa créativité, devenir plus innovant et faire grandir ses équipes ?

Pour nourrir un rêve ou une vision, l’inspiration artistique, issue de la danse, de la musique, du théâtre, ou de la littérature, est tout indiquée. L’art nous aide à regarder les situations sous un autre angle. Dès lors, pourquoi ne pas visiter des musées avec son équipe pour penser hors de la boîte ?

 

Prenons le « Crâne » de Nikki de Saint-Phalle (1990) comme exemple : Comment peut-il nous inspirer ?

Tout d’abord, sur la forme, l’œuvre peut paraître triste, c’est une tête de mort, symbole de la vanité et de la fragilité de la vie. Quand on s’attache à l’ensemble pourtant, sa coloration la rend joyeuse, voire même pétillante de vie. Cette métamorphose peut aussi s’appliquer dans le cadre de notre vie d’équipe. Par exemple, comment peut-on transformer des irritants pesants et désagréables en des actions légères et ludiques ?

L’œuvre est faite de mosaïques et de miroirs de couleurs différentes : un fragment seul perd de son sens, comme une personne en perdrait en travaillant seule à l’objectif de l’équipe… Ce kaléidoscope de couleurs pourrait illustrer le travail collaboratif.

Ensuite, toutes ces couleurs ne peuvent-elles pas imager le large spectre de nos émotions ou réactions ? Dès lors, comment gérer ces différences, et parfois nos conflits ?

Enfin, pour certains, cette œuvre peut représenter une bouffée d’oxygène : quelle est la mienne, la nôtre ? Que nous apporte-t-elle ? Qu’est-ce qui transcende notre quotidien ? Comment libérer notre créativité ?

Finalement, tout comme des livres ou des images, les œuvres d’art sont un support au dialogue pour souder les équipes et changer de perspectives. La frontière entre le management et la démarche artistique est plus ténue qu’il n’y paraît… Tant que nous aurons besoin de créer, il nous faudra à la fois rêver et raisonner !

A vos pinceaux 😊

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© 2015 ClubEthik Tous droits réservés
Mentions légales